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Interview de Mat Bastard / 3 mai 2018

Mat Bastard, photographié à Paris en janvier 2017 par Mathieu Zazzo
Julie Guiongo : Vous avez décidé de vous installer à Los Angeles il y a quelques années? Pourquoi ce choix ?   Mat Bastard : En plus de faire de la musique, je produis divers groupes et je fais de la musique pour le cinéma. J’avais pas mal de propositions pour travailler aux États-Unis. Au départ, j’y allais juste pour travailler et je rentrais. Et puis après, j’avais de plus en plus de boulot à faire là-bas, donc je me suis dit autant y rester. Et puis, ça me plaisait de vivre là-bas et j’y avais des potes à moi qui étaient partis avant moi. Et c’est une ville que j’aime beaucoup.   Camille Laroche : Entre votre expérience avec Skip the Use et votre carrière solo, est-ce que votre univers musical a changé ?   Mat Bastard : Ça n’a pas vraiment changé. Ce n’est pas vraiment différent de ce que je faisais avec Skip The Use. C’est juste qu’avec Skip The Use je faisais de la musique avec le guitariste Yann. On était deux à composer. Moi en plus je faisais les textes mais je faisais la musique avec lui. Du coup, on n’a pas beaucoup le temps de faire autre chose. Donc, on s’est dit là, pendant quelques années moi je vais faire mes trucs et toi tu vas faire les tiens. Nous, ça nous fait du bien et en ce moment on fait pas mal de musique ensemble d’ailleurs. Mais sinon, maintenant je suis tout seul à faire de la musique. C’est ça la différence en fait, mais moi ma manière de faire la musique n’a pas changé. Cela nous a fait du bien de faire ce break et puis les musiciens avec qui je joue, je les connais depuis le lycée, et j’avais envie de refaire des dates avec eux.   Jessica Ramanandray : Vous êtes très dynamique sur scène. Qu’est ce que cela représente pour vous ?   Mat Bastard : Je pense que c’est un échange avec les gens. Je pense que les salles de concert, c’est un peu le meilleur réseau social. Par rapport aux autres réseaux sociaux, qui sont tronqués, avec des filtres. Pour les gens de ma génération, un concert c’était vraiment l’endroit où on échangeait avec les gens. C’était ça qui était intéressant. Maintenant on a l’impression avec les nouvelles connections technologiques que c’est plus simple, je peux parler avec des personnes qui sont au Japon. Mais en fait tout est faux. C’est un réseau virtuel où on se montre des fois très différent de ce que l’on est réellement. On met une belle photo de profil. En vrai, on en a fait 200 pour en garder une. On écoute tous les mêmes choses. Nous les artistes, ça change vraiment nos manières de travailler, notre manière de restituer la musique et de susciter la prise de position chez les gens qui nous écoute, surtout quand on fait du rock. On ne fait pas des chansons sur les marguerites pour être cool. On fait des chansons parce que notre avis compte. Je ne dis pas qu’il faut que vous ayez le même avis que nous mais au moins on met des sujets sur la table. Aujourd’hui, c’est très très différent. Je vous dis ça parce que je trouve ça cool que des jeunes comme vous se motivent pour faire un journal parce que c’est de plus en plus rare. Beaucoup ont des blogs mais c’est toujours dans une démarche de se mettre en avant soi, pas de mettre en avant des choses qui nous touchent. Moi, j’ai trente-sept ans et tout ça, c’est très nouveau pour les gens de mon âge et au départ ce n’est pas simple de se mettre dans ce nouveau mood. On est dans un monde où on veut toujours aller plus vite, on pense gagner du temps, mais en fin de compte, on en perd. Les rapports humains étaient plus authentiques avant. Alors voilà, le concert, c’est les vrais rapports humains.   Julie Cassotti : Pourquoi avoir choisi le titre « LOOV » pour votre album ?   Mat Bastard : En fait ça veut dire Love Each Other To The Death. Le disque est assez multiple. Il y a un fil conducteur, c’est la façon d’appréhender les choses dans les liens d’amitié, dans les convictions, dans les engagements. C’est toujours d’avoir comme prisme d’analyse l’amour de quelque chose, et d’avoir l’énergie de parler de quelque chose.   Camille Laroche : Toutes vos chansons sont en anglais à part le titre «  Vivre mieux » et le refrain de « Stand As one ». Pourquoi un tel choix ?   Mat Bastard : Je chante en anglais quand il s’agit de sujets généralistes parce que je veux que tout le monde comprenne quand je chante en Allemagne ou aux Etats-Unis mais ces chansons en français s’adressent directement aux Français. Je suis fan de Renaud et de Brel d’ailleurs.   Marie Ranieri : Il y a des extraits de discours de Nixon au début du titre « Vivre mieux ». Dans quel contexte ce titre a-t-il été écrit ?   Mat Bastard : Cette chanson je l’ai écrite pendant la campagne présidentielle française. Moi, je venais de me « taper » Trump aux Etats-Unis (rires) et moi, j’ai toujours cru en la jeunesse, au pouvoir quand on est jeune d’avoir une vision des choses motivante et quand il y a eu la campagne présidentielle française, j’étais super déçu notamment quand je voyais la manifestation des jeunes, des lycéens pour le ni-ni. Je trouvais ça dingue. Moi, j’étais en Californie. Quand Trump est passé président, il y a des gens qui ont sorti des drapeaux nazis sur leur maison. Marine Le Pen est au 2e tour, déjà, c’est un drame. Et tu vois des gamins de dix-sept ans, dix-huit ans manifester pour le ni-ni parce qu’ils ont tous été au discours de Mélenchon. Ils n’ont rien compris. Mélenchon a dit, c’est pareil. Macron, c’est pour les riches. Et toi, t’es chez toi et tu te dis, attends, il n’y a jamais eu la milice de Macron qui est venue à mes concerts pour me taper parce que je suis noir. On parle d’un parti fasciste. Je ne suis absolument pas pour Macron mais là, c’était une question de bon sens. Je me suis dit, putain si la jeunesse n’est plus capable de voir ça, c’est chaud ! Et si elle est manipulable à ce point-là, c’est chaud ! Dans « Vivre mieux » justement, j’essaie de me mettre dans la peau d’une jeune un peu désabusé et qui se demande ce qu’on lui propose pour la suite. Quelles sont les alternatives ?   Julie Cassotti : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le film d'animation Zombillénium auquel vous avez participé et qui a été sélectionné au Festival de Cannes en 2017 ?   Mat Bastard : Et bien justement, ce film, on l'a fait pour expliquer la réalité du monde aux enfants. Peut-être qu'eux comprendront notre message. C'était une aventure vraiment cool, moi je n'avais encore jamais produit un film et j'ai vraiment apprécié de le faire. On voulait vraiment expliquer le monde du travail, la lutte des classes, cette espèce de guerre entre les « beaux » qui sont finalement moches à l'intérieur et les « moches » qui sont en fait beaucoup plus purs à l'intérieur. Je suis content parce que beaucoup d'enfants aux avant-premières nous ont raconté comment ils avaient pris conscience du double-jeu dans leur personnalité lorsqu'ils étaient avec leurs amis et quand ils étaient seuls. Donc c'est vraiment le but du dessin-animé : que les enfants se rendent compte de leur potentiel, et à quel point ils sont aimés pour ce qu'ils sont et par pour ce qu'ils sont seulement en apparence. Cette façon de réfléchir est très différente selon les pays, moi qui aie la chance de vivre aux États-Unis, je remarque que les artistes sont beaucoup plus optimistes sur leur vie par rapport aux artistes français qui produisent des albums beaucoup plus sombres, et portés sur le mal-être des adolescents. De voir ces artistes américains, ça m'a donné encore plus envie de ressortir un album et d'être dynamique.   Julie Cassotti : Pouvez-vous nous parler de la collaboration avec le groupe A-Vox avec qui vous êtes en tournée et qui fait votre première partie ce soir ?   Mat Bastard : Alors c'est un duo qui vient des Ardennes. C'est le groupe de ma femme qui est chanteuse et c'est son frère qui est à la batterie, et eux sont d'une génération un peu plus jeune. Ils ont des textes très engagés. Ils vont aborder des sujets assez féministes, sur les petites filles au Malawi par exemple, ou sur les adolescents embrigadés par des groupes terroristes, sur la maltraitance à l'école... Ils sont assez concernés par tout ça et ont une musique assez énergique. C'est un projet que j'adore parce qu'ils ont envie que les choses changent. Avant l'été d'ailleurs, j'aimerais bien sortir un EP avec eux.   Julie Guiongo : Préparez-vous un nouveau projet musical ou autre chose que vous seriez en mesure de nous dévoiler ?   Mat Bastard : Je travaille sur plein de trucs. Je produis notamment l’album du groupe de ma femme, A-Vox, qui joue en première partie. Je pense aussi refaire du cinéma et quelques disques aux Etats-Unis.   Propos recueillis par Julie Guiongo, Camille Laroche, Jessica Ramanandray, Julie Cassotti et Marie Ranieri.

Interview de The Noface / 5 avril 2018

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Siham Bengrine : Oma, peux-tu nous parler de ton expérience avec The Voice en 2016? Oma : C’était une expérience très enrichissante. Je suis arrivée jusqu’aux battles. J’ai choisi Garou. Ce qui m’a d’ailleurs servi pour la suite, c’est que j’ai interprété un registre rock avec un peu de reggae et de hip hop, ce qui leur a plu [aux autres membres du groupe]. Justement ils étaient aux aguets et cherchaient une chanteuse. Si c’était à refaire, je le referai. Luna Kriz : Justement, est-ce que cela a été difficile pour vous de trouver une chanteuse ? Mat : On pensait que ce serait difficile et que l’on allait faire passer plein de castings et plein d’essais jusqu’à ce que l’on trouve la bonne personne et en fait, ça a été vite fait du coup! Gloria Manoka: Pourquoi avoir choisi comme nom de groupe « The Noface » ? Lionel : On sortait d’un projet qui s’appelait « Skip the Use ». On voulait rompre avec le passé et  repartir sur de nouvelles bases. Je ne pense pas qu’il y ait une seule raison. C’est le style, je pense, qui a beaucoup joué. Marie Ranieri : Qui a choisi le nom « The Noface » ? Yann : C’est moi ! Lionel : On voulait faire quelque chose de plus imagé et d’avoir une croix sur un masque pour représenter aussi le nom de groupe. On a voulu aussi suivre un peu les « Shaka Ponk » qui sont très forts en image. Avec « Skip the Use » c’est quelque chose que l’on ne travaillait pas trop. Luna Kriz : Comment définiriez-vous votre style musical ? Oma : Du rock saupoudré de pop avec un peu d’électro ! Yann : C’est rock mais brut en même temps. C’est simple et efficace. Jay : Un gros son rock mais des chansons quand même, ce qui n’est pas toujours le cas dans le rock. Luna Kriz : Pourquoi avoir choisi d’appeler votre premier album Chapter One ? Jay : Parce que l’on envisage un deuxième chapitre et pourquoi pas un dixième ! Yann : Et parce que le deuxième il s’appellera sans doute Chapter Two. Led Zeppelin, ils ont appelé leurs albums 1, 2 , 3… Siham Bengrine : Vous avez fait le choix de n’avoir qu’une chanson en français sur l’album, pourquoi ? Lionel : Ça s’est fait naturellement. Yann : On venait de rencontrer Oma et ont avait dans l’idée de faire plus de textes en français mais aux final ils sont sortis comme ça. Gloria Manoka : Vos clips, « Change change change » et « I am over you » sont en noir et blanc. Pourquoi avoir choisi cette esthétique ? Jay : La couleur, c’est trop cher ! (rires) Mat : On voulait partir sur un code rock noir et blanc. Yann : Et c’est plus mystérieux. On avait fait des teases avant pour activer les réseaux sociaux qui étaient déjà en noir et blanc. Et on est parti sur des petits budgets car on a un label qui n’a pas beaucoup d’argent. Propos recueillis par Siham Bengrine, Luna Kriz, Gloria Manoka et Marie Ranieri

Interview de Hoax Paradise / 5 décembre 2017

Siham Bengrine : Comment vous êtes-vous rencontrés ? Laura : J’ai rencontré Barron, le batteur du groupe, il y a très très longtemps. Et puis, il ya eu JC. Barron a quitté le groupe. Et puis on a ensuite cherché désespérément un nouveau batteur pour remplacer mon ancien batteur et je suis tombée sur Barron complètement par hasard dans le métro sur la ligne 14 alors que je pensais qu’il était à Toronto. En même temps on cherchait un nouveau guitariste et par un ami commun on a rencontré Thibaud. Emilie Busato : Pourquoi avoir choisi « Hoax Paradise » comme nom de groupe ? JC : C’est suite à une longue conversation. Laura aimait beaucoup l’idée du « hoax », toute l’ambigüité que cela implique. Une grosse part de vrai, une grosse part de faux mélangées en une seule chose. Laura : « Hoax », ça veut dire « canular » en anglais. JC : Dans toutes les histoires que Laura raconte, tu as toujours une petite part de vrai dedans. Tous les textes sont très oniriques. Il n’y a rien de réellement vrai. C’est le paradis du « hoax ». Laura : « Hoax » et  « paradise », c’est une… Thibaud : Une dualité ! Laura : Une dualité entre deux mondes. C’est blanc et noir. Il ya des filles et des garçons. On peut raconter des choses très dures sur une musique très joyeuse. Siham Bengrine : Pourquoi avoir choisi un nom du groupe en anglais ? Laura : Parce que l’on écrit en anglais. JC : Notre culture musicale à nous est beaucoup basée sur la musique anglophone. Emilie Busato : Et quelles sont vos influences musicales communes ? Laura : On a tous des influences musicales très différentes. Les influences musicales de chacun se mixent pour faire une sorte de ratatouille. Thibaud : On a décidé de faire un truc rock British, avec une touche électro, un peu un rock indé pour ne pas que l’on entende trop les influences blues. On veut un rock plus moderne. Siham Bengrine : Qui se charge de l’écriture ? Laura : C’est moi. Siham Bengrine : Y a-t-il des sujets que vous aimez aborder ? Laura : J’ai changé un peu entre le premier et le deuxième, qu’on va enregistrer en janvier et qui n’a toujours pas de nom. Il a eu vachement de maturité. C’est bizarre de dire ça, mais en gros le premier album parlait beaucoup de relations humaines. C’est des sujets un peu basiques que j’aime bien traiter. Je veux rentrer un peu plus dans le « deep » là. Par exemple, une de mes dernières chansons est écolo. Maintenant, je veux éviter de parler de moi. J’aime bien parler des échanges, des relations entre une mère et sa fille ou un père et son fils, entre deux mecs, entre deux nanas, entre un mec et une fille. De l’amitié. Il y a aussi beaucoup de sexe. J’ai écrit une chanson récemment qui s’appelle « Les garçons » et je n’ai aucun mal dedans à dire que j’aime le sexe. Je prône la libération des mots et des paroles. Je n’ai pas de tabou. Emilie Busato : Quelles sont vos ambitions pour l’avenir ? Barron : À court terme, un troisième album, à long terme aller le plus loin possible, en tant que groupe de musique français, anglophone pour le coup. Thibaud : Jouer à l’international. Marie Ranieri : Qu’est-ce que vous a apporté le FOG cette année ? JC : On était très demandeur, on voulait se professionnaliser. On ne voulait pas faire ça chacun de son côté. Thilbaud : Ce n’était que des pros qui nous donnaient vraiment de bons conseils qu’on peut prendre en toute confiance. Ça nous a vraiment fait progresser. J.C : LODEX nous a traités aux petits oignons, du coup pour janvier on fera la production du prochain album à l’Empreinte. On fera des résidences ici. Il y a eu des intervenants vraiment cool, très pro, qui nous ont mis de bonnes claques dans la gueule qui nous ont fait progresser beaucoup plus vite.   Propos recueillis par Emilie Busato, Siham Bengrine et Marie Ranieri

Interview de Ben l’Oncle Soul / 19 octobre 2017

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Ambre Gerardi : Pourquoi y a-t-il eu une absence d'environ trois ans entre la sortie de ton EP «A coup de rêves» et ton dernier album?   Ben l’Oncle Soul : On a fait une tournée de deux ans et demi, ça fait déjà beaucoup sur trois ans, et donc on a fait pleins de concerts partout. Et puis après, c'était le temps d'aller en studio et puis de travailler sur l'album.   Gloria Manoka : Pourquoi avoir choisi de réinterpréter Franck Sinatra ?   Ben l’Oncle Soul : C’est des standards de jazz et je ne les ai jamais travaillés. Je trouve que pour un chanteur, c’est toujours bien de connaître ses standards, par principe. J’ai découvert la musique de Franck Sinatra à Los Angeles, dans le milieu des lowriders qui sont des collectionneurs de voitures vintage. Leur culture musicale, c’est le « modern soul », le jazz, le swing, la soul et Franck Sinatra. Du coup, ils m’ont fait découvert leur univers, qui est vraiment la culture west coast américaine. J’ai bien aimé les chansons. Elles étaient bien écrites et même des années plus tard, elles continuent d’être d’actualité. C’est comme des poésies écrites à la « française » je trouve. Ça parle d’amour, des saisons... Lorsque je suis rentré de Los Angeles, je me suis mis au piano et j’ai chanté les chansons que je connaissais par cœur et qui étaient dans ma voiture.   Manon Etienne : Pourquoi avoir choisi le titre « Under my skin » pour ton album ?   Ben l’Oncle Soul : Je ne voulais pas prendre un titre entier. J’ai raccourci « I’ve got you under my skin ». C’était plus un clin d’œil. C’est quelque chose d’assez charnel, l’idée de se mettre dans la peau de Frank Sinatra ou de se mettre dans la peau d’un crooner et de faire rejaillir ma musique à travers ces chansons-là.   Marie Ranieri : Et la photo de la pochette ? Comment a-t-elle été choisie ?   Ben l’Oncle Soul : En fait, on faisait le shooting et le photographe me dit que c’est fini. Du coup, je dis, ah bein je peux me détendre là alors ! Et c’est là qu’il a pris la photo qui a finalement été choisie pour la pochette.   Ambre Gerardi : Ca fait aujourd'hui un an que le clip de «The Good Life» est sorti. Pourquoi l'avoir mis en avant sur ton site ?   Ben l’Oncle Soul : C'est un titre que j'aime bien, c'est aussi bête que ça. En fait c'est le deuxième et dernier clip car on en a fait deux sur cet album. Je trouve le morceau plutôt entraînant, assez dansant et j'avais bien aimé la réalisation du clip, donc on l’a mis sur la page.   Manon Etienne : Après avoir rendu hommage à Frank Sinatra, as-tu l’intention de rendre hommage à un autre artiste ?   Ben l’Oncle Soul : Je compte me rendre hommage (rires). Maintenant il faut que je reprenne les stylos pour écrire des compositions originales. C’était vraiment une parenthèse ces chansons-là. Je les connaissais déjà et ça aurait été bête de ne pas en faire un disque puisque ça va agrandir mon répertoire. Je trouvais l’idée de faire un pont entre le jazz blanc et la soul assez intéressant. Il ne me semble pas avoir déjà entendu un hommage de cette manière. Je l’ai pris un peu comme une matière première et ça m’a permis de continuer de travailler en studio autour de la réalisation d’un disque.   Gloria Manoka : Le 9 février, tu seras à la Salle Pleyel, à Paris. Est-ce que tu as prévu quelque chose de spécial ?   Ben l’Oncle Soul : Sur la tournée on a deux batteurs différents. Il y en a un qui travaille avec Matthieu Chédid et De la soul qui sont deux groupes internationaux qui bougent beaucoup, donc il ne pourra pas faire la tournée entière avec nous. Il s’appelle Lawrence Clais et il partage la tournée avec Stanislas Augris et comme les deux connaissent le spectacle pars cœur, on s’est dit qu’on va mettre les deux batteurs ensemble sur scène. Ça va être marrant. James Brown faisait ça à l’époque. Ces deux batteurs vont pouvoir jouer exactement le même pattern de batterie ou parfois être complémentaires. Il y en a un qui fait des « ghost notes », c’est des entre-rythme. Pour nous ça va être une fête particulière parce qu’on ne le fait nulle part ailleurs sur la tournée.   Propos recueillis par Ambre Gerardi, Manon Etienne, Gloria Manoka et Marie Ranieri

Interview de Taïro (28/01/17) / 23 mars 2017

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Coralie Bottin : Pourquoi avoir choisi le titre « Reggae français » pour le nom de l’album ?     Taïro : Pour plusieurs raisons. Déjà parce que c’est ce qu’il y a dans le disque, du reggae en français. Aussi parce qu’on a une question identitaire qui a été soulevée notamment par la politique en France et qui est très présente. Effectivement j’ai l’impression qu’il y a des gens en France qui se demandent s’ils sont français alors qu’ils sont nés ici, il y en a d’autres qui ne se demandent pas s’ils sont français mais qui par moments se sentent un peu mal, comme s’il y avait une sorte de culpabilité sur le fait d’être français. C’est peut-être parce qu’il y a des choses qui n’ont pas été réglées avec le passé comme avec le passé colonial, une politique étrangère qui n’a pas toujours été la bonne... Cet album, c’était pour essayer de nous réconcilier avec notre identité. Parce qu’aussi, reggae et français ce sont deux mots qui ne vont pas ensemble à priori, le reggae n’est pas du tout français. Il est complètement jamaïcain. Ici il ne s’agit pas de faire de la récupération mais juste d’expliquer que la musique et la culture peuvent être un pont entre les peuples ; c’est pas parce que le reggae est jamaïcain, qu’on ne peut pas faire une musique un peu cousine et créer des ponts entre les Jamaïcains et les Français, entre leur musique et la nôtre, leur langue et la nôtre… On est avant tout des êtres humains et nos cordes sensibles jouent sur les mêmes choses : on connait tous la joie, la peine, la peur, la déception, peu importe d’où on vient. Donc voilà, je voulais essayer de réconcilier ce qu’on est avec nos identités. Il n’y a pas de fierté particulière à être français parce qu’on ne le choisit pas mais il n’y a pas de honte non plus, et si on veut que la politique étrangère change, il faut qu’on se bouge. Le problème, ça a été de dire qu’il y a des gens qui ne sont pas français de souche, issus de l’immigration, qui ne seraient pas totalement français... Ce qui est complètement con parce que quand on nait ici, on va à l’école ici, on paye ses impôts ici, on est Français. Et même pour les gens qui viennent de loin pour échapper à un climat difficile, la France n’est pas le paradis non plus. Il faut ni avoir honte ni croire qu’on est supérieur d’être français. Voilà pourquoi j’ai décidé d’appeler cet album « Reggae français ».     Emma Head : Sur l’album il y a un seul feat. Je voulais savoir si tu voulais faire des collaborations avec certains artistes que tu n’as pas encore fait ?     Taïro  : Oui alors j’avais l’intention de faire un morceau avec Alpha Blondy et puis finalement au dernier moment ça n’a pas pu se faire, donc peut-être pour le prochain album, pour une autre fois. Sinon il y a pleins d’artistes avec lesquels j’aimerais travailler.     Emma Head : Dans le reggae ?     Taïro : Dans le reggae ou ailleurs, dans le rap, dans la variété, j’aime bien Arthur H par exemple !     Coralie Bottin: Qui est-ce qui prend les initiatives pour les clips ? Qui décide où ça se déroule ?     Taïro  : Alors c’est souvent un consensus. On se réunit ensemble et on réfléchit à ce qu’on va faire. C’est moi qui aie le dernier mot en général, enfin toujours d’ailleurs (rires). Le premier clip qu’on a fait, « Le bon vieux temps », l’idée, c’était d’utiliser la jeunesse d’aujourd’hui et de montrer un peu ce qu’ils vivent, en me remettant un peu dans le quartier où j’ai grandi. Mais on voulait raconter leur histoire plutôt que de faire semblant qu’on était dans les années 80. Le clip « Rendez-vous », on l’a confié à une réalisatrice qui s’appelle Marie Jardillier qui est une jeune réalisatrice assez cool, qui est aussi productrice de films, de longs métrages mais qui a aussi fait un court métrage. Et le clip « Changer », on l’a fait avec Pilou Guetta et Alexandre Attal et avec la participation de Greenpeace, Amnesty International, L’auberge des migrants et MSF. On s’est baladé un peu dans la France pour aller sur des évènements organisés par ces associations et aller voir l’auberge des migrants, pour raconter un peu. C’est vrai que ces gens-là qui ne sont ni des vedettes ni des stars sont quand même des héros du quotidien. J’avais envie de leur rendre hommage.     Emma Head : Et justement en parlant du clip « Changer » et de la chanson en général, tu as posté un petit message sur Facebook en demandant à tes followers ce qu’ils avaient envie de changer en 2017, et du coup je me permets de te demander ce que toi tu aimerais voir changer en 2017 ?     Taïro : Pour que les choses changent, il va falloir que nous d’abord on change nos comportements en fait. On ne peut pas attendre comme ça, si on veut moins de pollution et bien il faut moins être polluant. Par exemple j’essaye de moins en moins de manger de viande même si j’ai pas une culture végétarienne du point de vue familial donc c’est pas forcément facile et puis on nous propose toujours de la viande partout, mais ça commence à changer aussi un petit peu. Donc j’aimerais réduire, n’en manger qu’une fois par semaine ce serait déjà super. J’ai pas de voiture, j’ai un scooter donc je ne pollue pas trop trop. Je prends pas mal les transports, et après je dirai c’est aussi à propos de la relation qu’on entretient en général avec les autres. Quel que soit notre statut social, il faudrait qu’on apprenne à respecter les gens tant que eux nous respectent, et améliorer le fait que des fois on préjuge un peu ce que sont les gens par rapport à ce qu’ils laissent paraître ou à ce que leur statut social en dit. Il faut tout simplement essayer de respecter les gens au quotidien ce qui n’est pas toujours évident. J’ai une éthique vis-à-vis de ça que j’applique depuis longtemps et que je tiens à conserver et à améliorer encore.     Coralie Bottin : Je trouve que l'album est beaucoup plus engagé que d'habitude. Il s’est passé un événement particulier ?     Tairo : Non en fait, c'est les morceaux qui ont le plus marché qui sont sortis, que les gens connaissent le plus et donc ils m'assimilent à ça mais dans « Ainsi soit-il » il y a un morceau qui s'appelle « FS-90 » et qui parle des armes. Je me met à la place d'une arme et je raconte son histoire. Il y a également un morceau qui s'appelle « Justice ». Dans « Cœur et armes », il y a « l'animal geint ». Quand j'ai commencé dans les sound systems, on disait que je faisais du reggae conscient. Donc ça dépend des morceaux qu'on écoute de moi, des moments où on me croise.     Emma Head: C'est vrai qu'il faut plus écouter les albums en entier. Moi quand j'ai dit à mes potes que j'allais interviewer Taïro ils m'ont tous parlé de « Bonne Weed ».     Tairo : Oui, et puis « Bonne weed », c'est un morceau assez léger, mais c'est aussi finalement un morceau un peu politique, il a eu autant de succès parce que la weed est pénalisée. Si c'était un truc un peu banal, c'est pas sûr que ça marcherait autant. Et puis par exemple il y a aussi les morceaux comme « Une seule vie » qui sont des morceaux qui, on va dire, entre guillemets, traitent de la sexualité ou bien les morceaux d'amour. Souvent on me dit « oui tu fais des chansons d'amour, t'es un lover, tu fais des chansons légères... » mais l'amour ça n'a rien de léger, la sexualité ça n'a rien de léger. C'est présent dans la vie de tout le monde. Et il faut  que les gens puissent le vivre de façon libre parce que si tu ne vis pas ton amour ou ta sexualité de façon libre, tu vas avoir une vie horrible.     Emma Head : Et une chanson légère, ne veut pas dire qu'elle est mauvaise.     Tairo : En plus, en plus ! C'est vrai !     Emma Head : Moi j'ai une petite question sur les victoires du reggae, tu es nominé dans la catégorie « album de reggae français » est-ce qu'une victoire comme celle-ci représente quelque chose pour toi ?     Tairo : Je mentirai si je disais oui, mais par respect pour eux je ne vais pas dire non. Et puis si jamais je gagne, bon ça me fera plaisir, mais je ne me dirai pas « ah ouais mon album il était vraiment génial » ou si je ne gagne pas « ouais il était vraiment nul ». Si demain je me mettais à faire la promotion de ce truc-là, peut être que je le remporterai puisque c'est le vote du public.. Enfin ce n'est pas essentiel.     Coralie Bottin : L'important, c'est que ça plaise au public.     Tairo : C'est ça. Et puis même des fois si ça ne plaît pas au public. Moi je pense que c'est un de mes meilleur disques « Reggae français » et c'est peut-être pas celui qui aura le plus de succès, celui que les gens plébisciteront le plus, j'en sais rien. Il faut savoir se détacher de ce que les gens disent de toi parce que sinon tu n'es plus libre.     Coralie Bottin : On entend la première partie, Dajak. Comment tu l'as connu ? Est-ce que c'est toi qui l'a choisi ?     Tairo : Dajak, ce n'est pas moi qui l’ai choisis. Moi j'ai accepté. C'est un jeune artiste dont je ne connais pas encore très bien le travail. Mais humainement je peux dire que c'est  quelqu'un de très sympa, respectueux et ça j’apprécie. Il n’a pas la grosse tête et il ne se la raconte pas.     Emma Head : Concernant la tournée, est-ce que cet été tu vas faire des festivals ?     Tairo : Oui, plein ! Là ce soir c'est une date un peu isolée. Mais on reprend la tournée le 4 mars à Bordeaux, jusqu'en novembre pour la dernière date. Donc ouais de mars à novembre on est en tournée et il y aura plein de festivals. Je n'ai pas tous les noms en tête, mais d’après le tourneur on est sur une soixantaine de dates cette année. On publiera ça en temps et en heure sur facebook, instagram, twitter, snapchat, et j'en passe et des meilleures (rires).     Coralie Bottin : Dernière question, j'ai vu que tu as fait du cinéma quand tu étais jeune, est-ce que le cinéma c'est quelque chose qui te donne envie ?     Tairo : Bah j'aime bien jouer la comédie et je m'en suis rendu compte sur le tournage du clip « Rendez-vous ». Ça m'a plu de jouer ce personnage. Je ne sais pas si j'irai chercher ça mais si quelque chose se présente, si le personnage est intéressant et si c'est bien écrit, je verrais bien ! D'ailleurs il n’y a pas très longtemps avec le Family Band, on a joué deux morceaux pour la bande originale d’un film dont la sortie au cinéma devrait avoir lieu dans les prochains temps !      Propos recueillis par Emma Head et Coralie Bottin.
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