E-Zine

Interview de The Noface / 5 avril 2018

noface bd
Siham Bengrine : Oma, peux-tu nous parler de ton expérience avec The Voice en 2016? Oma : C’était une expérience très enrichissante. Je suis arrivée jusqu’aux battles. J’ai choisi Garou. Ce qui m’a d’ailleurs servi pour la suite, c’est que j’ai interprété un registre rock avec un peu de reggae et de hip hop, ce qui leur a plu [aux autres membres du groupe]. Justement ils étaient aux aguets et cherchaient une chanteuse. Si c’était à refaire, je le referai. Luna Kriz : Justement, est-ce que cela a été difficile pour vous de trouver une chanteuse ? Mat : On pensait que ce serait difficile et que l’on allait faire passer plein de castings et plein d’essais jusqu’à ce que l’on trouve la bonne personne et en fait, ça a été vite fait du coup! Gloria Manoka: Pourquoi avoir choisi comme nom de groupe « The Noface » ? Lionel : On sortait d’un projet qui s’appelait « Skip the Use ». On voulait rompre avec le passé et  repartir sur de nouvelles bases. Je ne pense pas qu’il y ait une seule raison. C’est le style, je pense, qui a beaucoup joué. Marie Ranieri : Qui a choisi le nom « The Noface » ? Yann : C’est moi ! Lionel : On voulait faire quelque chose de plus imagé et d’avoir une croix sur un masque pour représenter aussi le nom de groupe. On a voulu aussi suivre un peu les « Shaka Ponk » qui sont très forts en image. Avec « Skip the Use » c’est quelque chose que l’on ne travaillait pas trop. Luna Kriz : Comment définiriez-vous votre style musical ? Oma : Du rock saupoudré de pop avec un peu d’électro ! Yann : C’est rock mais brut en même temps. C’est simple et efficace. Jay : Un gros son rock mais des chansons quand même, ce qui n’est pas toujours le cas dans le rock. Luna Kriz : Pourquoi avoir choisi d’appeler votre premier album Chapter One ? Jay : Parce que l’on envisage un deuxième chapitre et pourquoi pas un dixième ! Yann : Et parce que le deuxième il s’appellera sans doute Chapter Two. Led Zeppelin, ils ont appelé leurs albums 1, 2 , 3… Siham Bengrine : Vous avez fait le choix de n’avoir qu’une chanson en français sur l’album, pourquoi ? Lionel : Ça s’est fait naturellement. Yann : On venait de rencontrer Oma et ont avait dans l’idée de faire plus de textes en français mais aux final ils sont sortis comme ça. Gloria Manoka : Vos clips, « Change change change » et « I am over you » sont en noir et blanc. Pourquoi avoir choisi cette esthétique ? Jay : La couleur, c’est trop cher ! (rires) Mat : On voulait partir sur un code rock noir et blanc. Yann : Et c’est plus mystérieux. On avait fait des teases avant pour activer les réseaux sociaux qui étaient déjà en noir et blanc. Et on est parti sur des petits budgets car on a un label qui n’a pas beaucoup d’argent. Propos recueillis par Siham Bengrine, Luna Kriz, Gloria Manoka et Marie Ranieri

Interview de Hoax Paradise / 5 décembre 2017

Siham Bengrine : Comment vous êtes-vous rencontrés ? Laura : J’ai rencontré Barron, le batteur du groupe, il y a très très longtemps. Et puis, il ya eu JC. Barron a quitté le groupe. Et puis on a ensuite cherché désespérément un nouveau batteur pour remplacer mon ancien batteur et je suis tombée sur Barron complètement par hasard dans le métro sur la ligne 14 alors que je pensais qu’il était à Toronto. En même temps on cherchait un nouveau guitariste et par un ami commun on a rencontré Thibaud. Emilie Busato : Pourquoi avoir choisi « Hoax Paradise » comme nom de groupe ? JC : C’est suite à une longue conversation. Laura aimait beaucoup l’idée du « hoax », toute l’ambigüité que cela implique. Une grosse part de vrai, une grosse part de faux mélangées en une seule chose. Laura : « Hoax », ça veut dire « canular » en anglais. JC : Dans toutes les histoires que Laura raconte, tu as toujours une petite part de vrai dedans. Tous les textes sont très oniriques. Il n’y a rien de réellement vrai. C’est le paradis du « hoax ». Laura : « Hoax » et  « paradise », c’est une… Thibaud : Une dualité ! Laura : Une dualité entre deux mondes. C’est blanc et noir. Il ya des filles et des garçons. On peut raconter des choses très dures sur une musique très joyeuse. Siham Bengrine : Pourquoi avoir choisi un nom du groupe en anglais ? Laura : Parce que l’on écrit en anglais. JC : Notre culture musicale à nous est beaucoup basée sur la musique anglophone. Emilie Busato : Et quelles sont vos influences musicales communes ? Laura : On a tous des influences musicales très différentes. Les influences musicales de chacun se mixent pour faire une sorte de ratatouille. Thibaud : On a décidé de faire un truc rock British, avec une touche électro, un peu un rock indé pour ne pas que l’on entende trop les influences blues. On veut un rock plus moderne. Siham Bengrine : Qui se charge de l’écriture ? Laura : C’est moi. Siham Bengrine : Y a-t-il des sujets que vous aimez aborder ? Laura : J’ai changé un peu entre le premier et le deuxième, qu’on va enregistrer en janvier et qui n’a toujours pas de nom. Il a eu vachement de maturité. C’est bizarre de dire ça, mais en gros le premier album parlait beaucoup de relations humaines. C’est des sujets un peu basiques que j’aime bien traiter. Je veux rentrer un peu plus dans le « deep » là. Par exemple, une de mes dernières chansons est écolo. Maintenant, je veux éviter de parler de moi. J’aime bien parler des échanges, des relations entre une mère et sa fille ou un père et son fils, entre deux mecs, entre deux nanas, entre un mec et une fille. De l’amitié. Il y a aussi beaucoup de sexe. J’ai écrit une chanson récemment qui s’appelle « Les garçons » et je n’ai aucun mal dedans à dire que j’aime le sexe. Je prône la libération des mots et des paroles. Je n’ai pas de tabou. Emilie Busato : Quelles sont vos ambitions pour l’avenir ? Barron : À court terme, un troisième album, à long terme aller le plus loin possible, en tant que groupe de musique français, anglophone pour le coup. Thibaud : Jouer à l’international. Marie Ranieri : Qu’est-ce que vous a apporté le FOG cette année ? JC : On était très demandeur, on voulait se professionnaliser. On ne voulait pas faire ça chacun de son côté. Thilbaud : Ce n’était que des pros qui nous donnaient vraiment de bons conseils qu’on peut prendre en toute confiance. Ça nous a vraiment fait progresser. J.C : LODEX nous a traités aux petits oignons, du coup pour janvier on fera la production du prochain album à l’Empreinte. On fera des résidences ici. Il y a eu des intervenants vraiment cool, très pro, qui nous ont mis de bonnes claques dans la gueule qui nous ont fait progresser beaucoup plus vite.   Propos recueillis par Emilie Busato, Siham Bengrine et Marie Ranieri

Interview de Ben l’Oncle Soul / 19 octobre 2017

ben bd
Ambre Gerardi : Pourquoi y a-t-il eu une absence d'environ trois ans entre la sortie de ton EP «A coup de rêves» et ton dernier album?   Ben l’Oncle Soul : On a fait une tournée de deux ans et demi, ça fait déjà beaucoup sur trois ans, et donc on a fait pleins de concerts partout. Et puis après, c'était le temps d'aller en studio et puis de travailler sur l'album.   Gloria Manoka : Pourquoi avoir choisi de réinterpréter Franck Sinatra ?   Ben l’Oncle Soul : C’est des standards de jazz et je ne les ai jamais travaillés. Je trouve que pour un chanteur, c’est toujours bien de connaître ses standards, par principe. J’ai découvert la musique de Franck Sinatra à Los Angeles, dans le milieu des lowriders qui sont des collectionneurs de voitures vintage. Leur culture musicale, c’est le « modern soul », le jazz, le swing, la soul et Franck Sinatra. Du coup, ils m’ont fait découvert leur univers, qui est vraiment la culture west coast américaine. J’ai bien aimé les chansons. Elles étaient bien écrites et même des années plus tard, elles continuent d’être d’actualité. C’est comme des poésies écrites à la « française » je trouve. Ça parle d’amour, des saisons... Lorsque je suis rentré de Los Angeles, je me suis mis au piano et j’ai chanté les chansons que je connaissais par cœur et qui étaient dans ma voiture.   Manon Etienne : Pourquoi avoir choisi le titre « Under my skin » pour ton album ?   Ben l’Oncle Soul : Je ne voulais pas prendre un titre entier. J’ai raccourci « I’ve got you under my skin ». C’était plus un clin d’œil. C’est quelque chose d’assez charnel, l’idée de se mettre dans la peau de Frank Sinatra ou de se mettre dans la peau d’un crooner et de faire rejaillir ma musique à travers ces chansons-là.   Marie Ranieri : Et la photo de la pochette ? Comment a-t-elle été choisie ?   Ben l’Oncle Soul : En fait, on faisait le shooting et le photographe me dit que c’est fini. Du coup, je dis, ah bein je peux me détendre là alors ! Et c’est là qu’il a pris la photo qui a finalement été choisie pour la pochette.   Ambre Gerardi : Ca fait aujourd'hui un an que le clip de «The Good Life» est sorti. Pourquoi l'avoir mis en avant sur ton site ?   Ben l’Oncle Soul : C'est un titre que j'aime bien, c'est aussi bête que ça. En fait c'est le deuxième et dernier clip car on en a fait deux sur cet album. Je trouve le morceau plutôt entraînant, assez dansant et j'avais bien aimé la réalisation du clip, donc on l’a mis sur la page.   Manon Etienne : Après avoir rendu hommage à Frank Sinatra, as-tu l’intention de rendre hommage à un autre artiste ?   Ben l’Oncle Soul : Je compte me rendre hommage (rires). Maintenant il faut que je reprenne les stylos pour écrire des compositions originales. C’était vraiment une parenthèse ces chansons-là. Je les connaissais déjà et ça aurait été bête de ne pas en faire un disque puisque ça va agrandir mon répertoire. Je trouvais l’idée de faire un pont entre le jazz blanc et la soul assez intéressant. Il ne me semble pas avoir déjà entendu un hommage de cette manière. Je l’ai pris un peu comme une matière première et ça m’a permis de continuer de travailler en studio autour de la réalisation d’un disque.   Gloria Manoka : Le 9 février, tu seras à la Salle Pleyel, à Paris. Est-ce que tu as prévu quelque chose de spécial ?   Ben l’Oncle Soul : Sur la tournée on a deux batteurs différents. Il y en a un qui travaille avec Matthieu Chédid et De la soul qui sont deux groupes internationaux qui bougent beaucoup, donc il ne pourra pas faire la tournée entière avec nous. Il s’appelle Lawrence Clais et il partage la tournée avec Stanislas Augris et comme les deux connaissent le spectacle pars cœur, on s’est dit qu’on va mettre les deux batteurs ensemble sur scène. Ça va être marrant. James Brown faisait ça à l’époque. Ces deux batteurs vont pouvoir jouer exactement le même pattern de batterie ou parfois être complémentaires. Il y en a un qui fait des « ghost notes », c’est des entre-rythme. Pour nous ça va être une fête particulière parce qu’on ne le fait nulle part ailleurs sur la tournée.   Propos recueillis par Ambre Gerardi, Manon Etienne, Gloria Manoka et Marie Ranieri

Interview de Taïro (28/01/17) / 23 mars 2017

tairo-bd
Coralie Bottin : Pourquoi avoir choisi le titre « Reggae français » pour le nom de l’album ?     Taïro : Pour plusieurs raisons. Déjà parce que c’est ce qu’il y a dans le disque, du reggae en français. Aussi parce qu’on a une question identitaire qui a été soulevée notamment par la politique en France et qui est très présente. Effectivement j’ai l’impression qu’il y a des gens en France qui se demandent s’ils sont français alors qu’ils sont nés ici, il y en a d’autres qui ne se demandent pas s’ils sont français mais qui par moments se sentent un peu mal, comme s’il y avait une sorte de culpabilité sur le fait d’être français. C’est peut-être parce qu’il y a des choses qui n’ont pas été réglées avec le passé comme avec le passé colonial, une politique étrangère qui n’a pas toujours été la bonne... Cet album, c’était pour essayer de nous réconcilier avec notre identité. Parce qu’aussi, reggae et français ce sont deux mots qui ne vont pas ensemble à priori, le reggae n’est pas du tout français. Il est complètement jamaïcain. Ici il ne s’agit pas de faire de la récupération mais juste d’expliquer que la musique et la culture peuvent être un pont entre les peuples ; c’est pas parce que le reggae est jamaïcain, qu’on ne peut pas faire une musique un peu cousine et créer des ponts entre les Jamaïcains et les Français, entre leur musique et la nôtre, leur langue et la nôtre… On est avant tout des êtres humains et nos cordes sensibles jouent sur les mêmes choses : on connait tous la joie, la peine, la peur, la déception, peu importe d’où on vient. Donc voilà, je voulais essayer de réconcilier ce qu’on est avec nos identités. Il n’y a pas de fierté particulière à être français parce qu’on ne le choisit pas mais il n’y a pas de honte non plus, et si on veut que la politique étrangère change, il faut qu’on se bouge. Le problème, ça a été de dire qu’il y a des gens qui ne sont pas français de souche, issus de l’immigration, qui ne seraient pas totalement français... Ce qui est complètement con parce que quand on nait ici, on va à l’école ici, on paye ses impôts ici, on est Français. Et même pour les gens qui viennent de loin pour échapper à un climat difficile, la France n’est pas le paradis non plus. Il faut ni avoir honte ni croire qu’on est supérieur d’être français. Voilà pourquoi j’ai décidé d’appeler cet album « Reggae français ».     Emma Head : Sur l’album il y a un seul feat. Je voulais savoir si tu voulais faire des collaborations avec certains artistes que tu n’as pas encore fait ?     Taïro  : Oui alors j’avais l’intention de faire un morceau avec Alpha Blondy et puis finalement au dernier moment ça n’a pas pu se faire, donc peut-être pour le prochain album, pour une autre fois. Sinon il y a pleins d’artistes avec lesquels j’aimerais travailler.     Emma Head : Dans le reggae ?     Taïro : Dans le reggae ou ailleurs, dans le rap, dans la variété, j’aime bien Arthur H par exemple !     Coralie Bottin: Qui est-ce qui prend les initiatives pour les clips ? Qui décide où ça se déroule ?     Taïro  : Alors c’est souvent un consensus. On se réunit ensemble et on réfléchit à ce qu’on va faire. C’est moi qui aie le dernier mot en général, enfin toujours d’ailleurs (rires). Le premier clip qu’on a fait, « Le bon vieux temps », l’idée, c’était d’utiliser la jeunesse d’aujourd’hui et de montrer un peu ce qu’ils vivent, en me remettant un peu dans le quartier où j’ai grandi. Mais on voulait raconter leur histoire plutôt que de faire semblant qu’on était dans les années 80. Le clip « Rendez-vous », on l’a confié à une réalisatrice qui s’appelle Marie Jardillier qui est une jeune réalisatrice assez cool, qui est aussi productrice de films, de longs métrages mais qui a aussi fait un court métrage. Et le clip « Changer », on l’a fait avec Pilou Guetta et Alexandre Attal et avec la participation de Greenpeace, Amnesty International, L’auberge des migrants et MSF. On s’est baladé un peu dans la France pour aller sur des évènements organisés par ces associations et aller voir l’auberge des migrants, pour raconter un peu. C’est vrai que ces gens-là qui ne sont ni des vedettes ni des stars sont quand même des héros du quotidien. J’avais envie de leur rendre hommage.     Emma Head : Et justement en parlant du clip « Changer » et de la chanson en général, tu as posté un petit message sur Facebook en demandant à tes followers ce qu’ils avaient envie de changer en 2017, et du coup je me permets de te demander ce que toi tu aimerais voir changer en 2017 ?     Taïro : Pour que les choses changent, il va falloir que nous d’abord on change nos comportements en fait. On ne peut pas attendre comme ça, si on veut moins de pollution et bien il faut moins être polluant. Par exemple j’essaye de moins en moins de manger de viande même si j’ai pas une culture végétarienne du point de vue familial donc c’est pas forcément facile et puis on nous propose toujours de la viande partout, mais ça commence à changer aussi un petit peu. Donc j’aimerais réduire, n’en manger qu’une fois par semaine ce serait déjà super. J’ai pas de voiture, j’ai un scooter donc je ne pollue pas trop trop. Je prends pas mal les transports, et après je dirai c’est aussi à propos de la relation qu’on entretient en général avec les autres. Quel que soit notre statut social, il faudrait qu’on apprenne à respecter les gens tant que eux nous respectent, et améliorer le fait que des fois on préjuge un peu ce que sont les gens par rapport à ce qu’ils laissent paraître ou à ce que leur statut social en dit. Il faut tout simplement essayer de respecter les gens au quotidien ce qui n’est pas toujours évident. J’ai une éthique vis-à-vis de ça que j’applique depuis longtemps et que je tiens à conserver et à améliorer encore.     Coralie Bottin : Je trouve que l'album est beaucoup plus engagé que d'habitude. Il s’est passé un événement particulier ?     Tairo : Non en fait, c'est les morceaux qui ont le plus marché qui sont sortis, que les gens connaissent le plus et donc ils m'assimilent à ça mais dans « Ainsi soit-il » il y a un morceau qui s'appelle « FS-90 » et qui parle des armes. Je me met à la place d'une arme et je raconte son histoire. Il y a également un morceau qui s'appelle « Justice ». Dans « Cœur et armes », il y a « l'animal geint ». Quand j'ai commencé dans les sound systems, on disait que je faisais du reggae conscient. Donc ça dépend des morceaux qu'on écoute de moi, des moments où on me croise.     Emma Head: C'est vrai qu'il faut plus écouter les albums en entier. Moi quand j'ai dit à mes potes que j'allais interviewer Taïro ils m'ont tous parlé de « Bonne Weed ».     Tairo : Oui, et puis « Bonne weed », c'est un morceau assez léger, mais c'est aussi finalement un morceau un peu politique, il a eu autant de succès parce que la weed est pénalisée. Si c'était un truc un peu banal, c'est pas sûr que ça marcherait autant. Et puis par exemple il y a aussi les morceaux comme « Une seule vie » qui sont des morceaux qui, on va dire, entre guillemets, traitent de la sexualité ou bien les morceaux d'amour. Souvent on me dit « oui tu fais des chansons d'amour, t'es un lover, tu fais des chansons légères... » mais l'amour ça n'a rien de léger, la sexualité ça n'a rien de léger. C'est présent dans la vie de tout le monde. Et il faut  que les gens puissent le vivre de façon libre parce que si tu ne vis pas ton amour ou ta sexualité de façon libre, tu vas avoir une vie horrible.     Emma Head : Et une chanson légère, ne veut pas dire qu'elle est mauvaise.     Tairo : En plus, en plus ! C'est vrai !     Emma Head : Moi j'ai une petite question sur les victoires du reggae, tu es nominé dans la catégorie « album de reggae français » est-ce qu'une victoire comme celle-ci représente quelque chose pour toi ?     Tairo : Je mentirai si je disais oui, mais par respect pour eux je ne vais pas dire non. Et puis si jamais je gagne, bon ça me fera plaisir, mais je ne me dirai pas « ah ouais mon album il était vraiment génial » ou si je ne gagne pas « ouais il était vraiment nul ». Si demain je me mettais à faire la promotion de ce truc-là, peut être que je le remporterai puisque c'est le vote du public.. Enfin ce n'est pas essentiel.     Coralie Bottin : L'important, c'est que ça plaise au public.     Tairo : C'est ça. Et puis même des fois si ça ne plaît pas au public. Moi je pense que c'est un de mes meilleur disques « Reggae français » et c'est peut-être pas celui qui aura le plus de succès, celui que les gens plébisciteront le plus, j'en sais rien. Il faut savoir se détacher de ce que les gens disent de toi parce que sinon tu n'es plus libre.     Coralie Bottin : On entend la première partie, Dajak. Comment tu l'as connu ? Est-ce que c'est toi qui l'a choisi ?     Tairo : Dajak, ce n'est pas moi qui l’ai choisis. Moi j'ai accepté. C'est un jeune artiste dont je ne connais pas encore très bien le travail. Mais humainement je peux dire que c'est  quelqu'un de très sympa, respectueux et ça j’apprécie. Il n’a pas la grosse tête et il ne se la raconte pas.     Emma Head : Concernant la tournée, est-ce que cet été tu vas faire des festivals ?     Tairo : Oui, plein ! Là ce soir c'est une date un peu isolée. Mais on reprend la tournée le 4 mars à Bordeaux, jusqu'en novembre pour la dernière date. Donc ouais de mars à novembre on est en tournée et il y aura plein de festivals. Je n'ai pas tous les noms en tête, mais d’après le tourneur on est sur une soixantaine de dates cette année. On publiera ça en temps et en heure sur facebook, instagram, twitter, snapchat, et j'en passe et des meilleures (rires).     Coralie Bottin : Dernière question, j'ai vu que tu as fait du cinéma quand tu étais jeune, est-ce que le cinéma c'est quelque chose qui te donne envie ?     Tairo : Bah j'aime bien jouer la comédie et je m'en suis rendu compte sur le tournage du clip « Rendez-vous ». Ça m'a plu de jouer ce personnage. Je ne sais pas si j'irai chercher ça mais si quelque chose se présente, si le personnage est intéressant et si c'est bien écrit, je verrais bien ! D'ailleurs il n’y a pas très longtemps avec le Family Band, on a joué deux morceaux pour la bande originale d’un film dont la sortie au cinéma devrait avoir lieu dans les prochains temps !      Propos recueillis par Emma Head et Coralie Bottin.

Interview de Tété (11/03/17) / 14 mars 2017

IMG_6125_Jerome _Juv_ Bauer
Magali Ohouens : Moi j’ai une question par rapport à ton parcours. Est-ce que la musique a été une évidence ou as hésité avec un autre domaine par exemple ?   Tété : En fait, je voulais plutôt être illustrateur au début, dessiner et tout ça. Et je crois que c’est quand la guitare est rentrée dans ma vie que j’y ai consacré de plus en plus de temps. Et puis même depuis que je fais ce métier j’essaye régulièrement de redessiner, de combiner les deux quand c’est possible. Je fais beaucoup d’image à côté. En faisant des vas-et-viens entre les deux, je crois que le lien entre tout ça, c’est le métier d’auteur finalement. Que ce soit en montant un petit documentaire, un clip, en dessinant ou en écrivant des chansons, pour moi ou pour d’autres, l’idée finalement, c’est toujours de raconter des histoires.   Magali Ohouens : Tu peux nous parler de Pierrot Lunaire et nous dire pourquoi tu as choisi de raconter ses histoires sur cet album ?   Tété : C’est un personnage qui vient de la commedia dell’arte qui a donné toutes les figures de Polichinelle, Colombine et qui sont à la base du théâtre classique des Molière et consort. Moi, ce qui m’intéressait, c’est ce qui nous restait de cette tradition-là, c’est la figure du rêveur mélancolique et de le décontextualiser. Sur l’album, ce que j’ai voulu, c’est d’essayer de parler au singulier d’une histoire qui représente des destinées collectives. Le personnage de l’album en bute avec la réalité aboutit à la conclusion que la solution, c’est de changer son regard sur les choses à défaut de pouvoir changer ces choses. Et du coup il va partir à la recherche de son Pierrot Lunaire en chansons, de ce fameux rêveur mélancolique. L’idée, c’était de montrer son environnement. Du coup, il y a une Colombine, il y a un duel avec sa conscience qui figure un des personnages de la commedia dell’arte qui est jaloux de l’amour que Colombine porte à Pierrot et qui essaie toujours de lui mettre des bâtons dans les roues sauf que dans mon album, c’est la conscience du personnage principal qui n’a pas envie qu’il aille mieux et donc qui essaie de lui tendre des pièges.   Gloria Manoka : Moi, j’aimerais que l’on parle un peu de l’esthétique de la pochette et que tu nous parles de la collaboration avec Jérôme Bauer.   Tété : Pour en revenir à l’idée de cet album, l’idée, c’était de se départir des choses. Le personnage principal, sa peur, c’est de ne plus pouvoir écrire. Donc, s’il ne peut plus écrire, est-ce qu’il est encore auteur ? Donc, peur de la perte d’identité. Et il se dit que s’il ne peut plus écrire, il a peur du déclassement, d’où ce départ à zéro avec un album enregistré en acoustique, dans le plus simple appareil et je voulais que l’artwork soit le reflet de cet artisanat-là tout comme la tournée l’est. On est deux d’habitude sur scène. Là, je suis seul ce soir.  Plus jeune je dessinais, donc c’est moi qui aie fait la pochette et les dessins à l’intérieur. Jérôme Bauer, c’est le directeur artistique en charge du projet. C’est quelqu’un que j’ai rencontré sur l’émission Tattoo by Tété que j’ai co-produite et présentée il y a quelques années Et j’avais beaucoup aimé son regard sur les choses, le recul qu’il pouvait m’apporter, son côté touche-à-tout.   Coralie Bottin : Je voudrais que tu nous parles des interludes comme « Candeur, candeur » ou « Tragique infortune ». Quelle est leur fonction ?   Tété : J’ai voulue mettre des interludes pour plusieurs raisons. Premièrement j’ai été vachement marqué par l’Étrange Noël de Mr Jack à l’époque qui est une musique de film et où on retrouve ce thème qui est décliné en plusieurs manières différentes, où chaque thème amène  à un personnage. L’autre truc, c’est que mes morceaux sont assez denses donc à la base l’idée, c’est de mettre des respirations en fait, sauf que là je voulais vraiment suivre ce fil rouge que chaque morceau fasse la respiration de l’autre.  Donc voilà, ce sont de petits interludes musicaux qui amènent un peu ailleurs par rapport aux ruptures des unités de narration.   Marie Ranieri : Moi, j’ai une question sur « Persona Non Grata ». Je trouve paradoxal d’écrire une aussi belle chanson sur le syndrome de la page blanche,   Tété : Je crois que c’est ce contraste-là que je cherchais. Au bout de six albums, la question ce n’est pas la page blanche mais plutôt : est-ce que quand j’ai une idée, je ne l’ai pas déjà dite ? Comment je pourrais le dire différemment ? Au-delà de ça, ce dont parle la chanson, c’est  que l’on peut être persona on grata auprès de sa plume quand on est auteur, auprès du marché du travail, on peut l’être auprès d’un être aimé, à l’entrée d’une boîte de nuit. Le mécanisme est le même, qu’il s’agisse d’une plume ou de quoi que ce soit d’autre.   Gloria Manoka : J’aimerais que l’on parle du clip de « Pierrot Lunaire » un peu. Est-ce que tu peux nous dire quelques mots dessus ?   Tété : En fait de la même manière que j’ai travaillé avec Jérôme Bauer sur toute la direction de l’album, les clips, on a vraiment eu à cœur de les faire avec la même équipe et du coup, c’est eux aussi qui ont fait le clip de « Persona Non Grata ». Là l’idée, c’était de ne pas forcément figurer le clip de manière littérale et c’est pour ça qu’on est parti sur cette idée d’un type qui engage un détective privé, ce qui est sous-entendu dans la chanson, mais pour retrouver son Pierrot Lunaire justement qu’on ne voit jamais. Et c’est ça que j’aime bien un peu, l’absurde du décalage et donc j’aimais bien l’idée d’avoir un détective un peu à côté de ses pompes pour figurer cette histoire-là. Et le dernier clip qu’on a mis en ligne mais juste sur les réseaux sociaux, c’est pour la chanson « Chanteur sous vide », mais je n’ai pas fait le clip avec cette équipe-là, c’est un truc que j’ai fait moi avec Jérôme Bauer qui m’a aidé pour le script, mais je crois qu’on va encore essayer de garder ce fil rouge de l’absurde.   Marie Ranieri : Et du coup une dernière question, « Chanteur sous vide », ce serait le prochain single ?   Tété : Non, en fait on ne l’a pas fait dans une logique de single. Je crois que le métier a beaucoup changé et qu’on est condamné à se réinventer tout le temps, un peu à l’image des personnages de l’album, y compris en tant que chanteur. Je crois que si on parle de single on pense radio, et je pense qu’en termes de diffusion de média, il n’y a rien qui remplace la puissance de la radio. Mais ce que j’expérimente sur cet album-là c’est aussi de faire les choses différemment et de pouvoir continuer à faire mon métier, écrire mes chansons et les chanter, sans tout miser là-dessus. Mais c’est sûr que quand il y a un morceau qui rentre à la radio, c’est un ambassadeur pour la tournée, pour l’album, pour tout le reste. Mais j’aime bien cette époque où justement le fait que le cadre ait volé en éclat, ça fait qu’il y a quelques mois j’ai voulu balancer un morceau sur internet, un morceau inédit, quelque chose qui ne se faisait pas avant. J’aime la spontanéité possible grâce à notre époque.   Propos recueillis par Magali Ohouens, Gloria Manoka, Coralie Bottin et Marie Ranieri.
Page 1 sur 612345Dernière page »