E-Zine

Interview de Tété (11/03/17) / 14 mars 2017

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Magali Ohouens : Moi j’ai une question par rapport à ton parcours. Est-ce que la musique a été une évidence ou as hésité avec un autre domaine par exemple ?   Tété : En fait, je voulais plutôt être illustrateur au début, dessiner et tout ça. Et je crois que c’est quand la guitare est rentrée dans ma vie que j’y ai consacré de plus en plus de temps. Et puis même depuis que je fais ce métier j’essaye régulièrement de redessiner, de combiner les deux quand c’est possible. Je fais beaucoup d’image à côté. En faisant des vas-et-viens entre les deux, je crois que le lien entre tout ça, c’est le métier d’auteur finalement. Que ce soit en montant un petit documentaire, un clip, en dessinant ou en écrivant des chansons, pour moi ou pour d’autres, l’idée finalement, c’est toujours de raconter des histoires.   Magali Ohouens : Tu peux nous parler de Pierrot Lunaire et nous dire pourquoi tu as choisi de raconter ses histoires sur cet album ?   Tété : C’est un personnage qui vient de la commedia dell’arte qui a donné toutes les figures de Polichinelle, Colombine et qui sont à la base du théâtre classique des Molière et consort. Moi, ce qui m’intéressait, c’est ce qui nous restait de cette tradition-là, c’est la figure du rêveur mélancolique et de le décontextualiser. Sur l’album, ce que j’ai voulu, c’est d’essayer de parler au singulier d’une histoire qui représente des destinées collectives. Le personnage de l’album en bute avec la réalité aboutit à la conclusion que la solution, c’est de changer son regard sur les choses à défaut de pouvoir changer ces choses. Et du coup il va partir à la recherche de son Pierrot Lunaire en chansons, de ce fameux rêveur mélancolique. L’idée, c’était de montrer son environnement. Du coup, il y a une Colombine, il y a un duel avec sa conscience qui figure un des personnages de la commedia dell’arte qui est jaloux de l’amour que Colombine porte à Pierrot et qui essaie toujours de lui mettre des bâtons dans les roues sauf que dans mon album, c’est la conscience du personnage principal qui n’a pas envie qu’il aille mieux et donc qui essaie de lui tendre des pièges.   Gloria Manoka : Moi, j’aimerais que l’on parle un peu de l’esthétique de la pochette et que tu nous parles de la collaboration avec Jérôme Bauer.   Tété : Pour en revenir à l’idée de cet album, l’idée, c’était de se départir des choses. Le personnage principal, sa peur, c’est de ne plus pouvoir écrire. Donc, s’il ne peut plus écrire, est-ce qu’il est encore auteur ? Donc, peur de la perte d’identité. Et il se dit que s’il ne peut plus écrire, il a peur du déclassement, d’où ce départ à zéro avec un album enregistré en acoustique, dans le plus simple appareil et je voulais que l’artwork soit le reflet de cet artisanat-là tout comme la tournée l’est. On est deux d’habitude sur scène. Là, je suis seul ce soir.  Plus jeune je dessinais, donc c’est moi qui aie fait la pochette et les dessins à l’intérieur. Jérôme Bauer, c’est le directeur artistique en charge du projet. C’est quelqu’un que j’ai rencontré sur l’émission Tattoo by Tété que j’ai co-produite et présentée il y a quelques années Et j’avais beaucoup aimé son regard sur les choses, le recul qu’il pouvait m’apporter, son côté touche-à-tout.   Coralie Bottin : Je voudrais que tu nous parles des interludes comme « Candeur, candeur » ou « Tragique infortune ». Quelle est leur fonction ?   Tété : J’ai voulue mettre des interludes pour plusieurs raisons. Premièrement j’ai été vachement marqué par l’Étrange Noël de Mr Jack à l’époque qui est une musique de film et où on retrouve ce thème qui est décliné en plusieurs manières différentes, où chaque thème amène  à un personnage. L’autre truc, c’est que mes morceaux sont assez denses donc à la base l’idée, c’est de mettre des respirations en fait, sauf que là je voulais vraiment suivre ce fil rouge que chaque morceau fasse la respiration de l’autre.  Donc voilà, ce sont de petits interludes musicaux qui amènent un peu ailleurs par rapport aux ruptures des unités de narration.   Marie Ranieri : Moi, j’ai une question sur « Persona Non Grata ». Je trouve paradoxal d’écrire une aussi belle chanson sur le syndrome de la page blanche,   Tété : Je crois que c’est ce contraste-là que je cherchais. Au bout de six albums, la question ce n’est pas la page blanche mais plutôt : est-ce que quand j’ai une idée, je ne l’ai pas déjà dite ? Comment je pourrais le dire différemment ? Au-delà de ça, ce dont parle la chanson, c’est  que l’on peut être persona on grata auprès de sa plume quand on est auteur, auprès du marché du travail, on peut l’être auprès d’un être aimé, à l’entrée d’une boîte de nuit. Le mécanisme est le même, qu’il s’agisse d’une plume ou de quoi que ce soit d’autre.   Gloria Manoka : J’aimerais que l’on parle du clip de « Pierrot Lunaire » un peu. Est-ce que tu peux nous dire quelques mots dessus ?   Tété : En fait de la même manière que j’ai travaillé avec Jérôme Bauer sur toute la direction de l’album, les clips, on a vraiment eu à cœur de les faire avec la même équipe et du coup, c’est eux aussi qui ont fait le clip de « Persona Non Grata ». Là l’idée, c’était de ne pas forcément figurer le clip de manière littérale et c’est pour ça qu’on est parti sur cette idée d’un type qui engage un détective privé, ce qui est sous-entendu dans la chanson, mais pour retrouver son Pierrot Lunaire justement qu’on ne voit jamais. Et c’est ça que j’aime bien un peu, l’absurde du décalage et donc j’aimais bien l’idée d’avoir un détective un peu à côté de ses pompes pour figurer cette histoire-là. Et le dernier clip qu’on a mis en ligne mais juste sur les réseaux sociaux, c’est pour la chanson « Chanteur sous vide », mais je n’ai pas fait le clip avec cette équipe-là, c’est un truc que j’ai fait moi avec Jérôme Bauer qui m’a aidé pour le script, mais je crois qu’on va encore essayer de garder ce fil rouge de l’absurde.   Marie Ranieri : Et du coup une dernière question, « Chanteur sous vide », ce serait le prochain single ?   Tété : Non, en fait on ne l’a pas fait dans une logique de single. Je crois que le métier a beaucoup changé et qu’on est condamné à se réinventer tout le temps, un peu à l’image des personnages de l’album, y compris en tant que chanteur. Je crois que si on parle de single on pense radio, et je pense qu’en termes de diffusion de média, il n’y a rien qui remplace la puissance de la radio. Mais ce que j’expérimente sur cet album-là c’est aussi de faire les choses différemment et de pouvoir continuer à faire mon métier, écrire mes chansons et les chanter, sans tout miser là-dessus. Mais c’est sûr que quand il y a un morceau qui rentre à la radio, c’est un ambassadeur pour la tournée, pour l’album, pour tout le reste. Mais j’aime bien cette époque où justement le fait que le cadre ait volé en éclat, ça fait qu’il y a quelques mois j’ai voulu balancer un morceau sur internet, un morceau inédit, quelque chose qui ne se faisait pas avant. J’aime la spontanéité possible grâce à notre époque.   Propos recueillis par Magali Ohouens, Gloria Manoka, Coralie Bottin et Marie Ranieri.

Interview de Dajak (28/01/17) /

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Coralie Bottin : La dernière fois que tu étais venu ici, tu participais au concert inter-lycée. C’était il y a deux ans. Qu’est-ce que ça fait de passer de ça à la première partie de Taïro ? Dajak : Ça fait plaisir, en plus c’est dans la même salle avec la même équipe, les mêmes gens... Ça prouve qu’il y a une petite évolution et qu’indirectement le concert inter-lycée, ça a payé. C’était un petit concert et là ce soir c’est plus gros, va y avoir pas mal de monde et puis on est avec Taïro, un artiste que j’aime beaucoup, donc ça fait vraiment plaisir. Coralie Bottin: Et ça s’est passé comment pour que l’on vous demande d’assurer la première partie ? Dajak : Alors tout simplement en contactant l’équipe de l’Empreinte avec qui j’entretiens de bonnes relations depuis qu’on les connait, depuis le concert inter-lycée. On s’est mis d’accord sur cette date pour faire la première partie et ça tombait bien. Emma Head : J’ai une question sur les collaborations. Il y en a une avec Scars, et je voulais savoir s’il y a des artistes avec lesquels tu aimerais collaborer, notamment dans le Rap ? Dajak : Tu veux dire en France ou à l’international ? Emma Head : Peu importe, dans tes rêves les plus fous… Dajak : On va faire étape par étape du coup. Dans le reggae français actuel, celui qui est très très chaud et avec qui je voudrais bien faire un featuring ce serait les Jahneration, avec qui j’étais au Nouveau Casino. Ils sont très sympas en plus. Sinon à l’international, ce serait General Levy, en reggae. Et en Rap… Nas ! Coralie Bottin: Avec Newik vous avez été nommés révélation de l’année aux Victoires du reggae l’année dernière. Qu’est-ce que ça représente ? Dajak : Alors c’était juste la nomination. On n’a pas eu le titre, mais ça fait plaisir ça nous montre qu’au moins on ne travaille pas pour rien, et qu’on ne se prend pas la tête pour rien. On a eu un retour positif donc ça motive aussi, ça nous pousse à continuer. Cette année on est nominés dans la catégorie Mix Tape de l’année, donc deux nominations deux ans de suite, c’est cool. Après c’est pas une victoire en soit, ce n’est pas ce qu’on vise. Ça ferait plaisir mais on ne se dit pas que c’est absolument ce qu’il nous faut. Ce qui compte c’est qu’on ait des sons qui tournent, des gens en concert et après c’est que du plus ! Emma Head: Pour les clips, comment ça se passe. Est-ce que c’est toi qui gère tout? Dajak : Sur mes deux derniers clips j’ai bossé avec plusieurs personnes, donc sur mon clip « Musical Soldier », l’avant dernier, j’ai bossé avec mon gars Paul Joseph ou SLON sur Instagram et Facebook qui est un jeune de mon âge qui fait des clips plutôt cool avec des bonnes idées. Donc ça c’était pour le clip « Musical Soldier », un peu psyqué, un peu ce qui se fait en ce moment, mais qui se fait moins dans le reggae justement et qu’on a essayé d’apporter un petit peu. Il y avait aussi mademoiselle Melissa Le Garrec qui d’habitude fait les photos, et qui a aussi fait la pochette de la Mix tape d’ailleurs. Elle s’est aussi occupée du cadrage pour le clip « Pull Up Selecta ». Et si tout se passe bien on en refait un en mars, issu de la dernière Mix Tape « TapeDemNow » qui est en téléchargement gratuit, sorti en juin. Coralie Bottin: Du coup qui est-ce qui s’occupe des réseaux sociaux ? Dajak : Moi, je m’occupe de mon Facebook et de mon Instagram, après je ne suis pas non plus sur tous les réseaux sociaux. Twitter par exemple, je l’utilise très rarement. Mais sinon c’est moi, et Newik aussi qui publie quelques trucs. Emma Head: Par rapport à Taïro et son album reggae français, qui chante tout le temps en français, est-ce que toi ça t’intéresse ? Dajak : C’est quelque chose qui a été essayé mais qui a été vite mis de côté, et c’est introuvable d’ailleurs, une chanson de mes débuts, impossible de la retrouver. Pourquoi pas peut-être un jour, mais en fait quand j’ai commencé à faire du son je n’écoutais que des chansons en anglais et en jamaïcain et moins des choses en français, ça j’ai commencé à m’y m’être vraiment plus tard. Mais peut-être un jour, qui sait ! Pour l’instant je m’y plais bien dans cet anglais pas très jamaïcain, faut voir pour la suite. Coralie Bottin: Du coup rien à voir avec la musique mais la dernière fois tu envisageais de partir étudier à la fac, est-ce que c’est toujours d’actualité ? Dajak : Oui, alors la dernière fois j’étais en terminal au lycée Jacques Amyot, et maintenant je suis en fac de musicologie à Saint-Denis et ça se passe tranquillement. Ça reste dans le même domaine, comme ça que je sois en train de travailler pour mes projets ou pour mes études ça reste un peu la même chose. Propos recueillis par Coralie Bottin et Emma Head.

Live report de Romain Humeau / 8 mars 2017

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« Le public trépigne en son coeur, impatient de voir débarquer « Romain », comme certains l'appellent. Quand celui-ci foule la scène, accompagné de ses musiciens, il déborde aussitôt d'une amitié sereine et complice pour son public -tout au long du concert, on aura le sentiment d'être de bons potes- et n'hésite pas à claironner qu'il faut fêter le fait que Fillon soit inquiété. Je participe aux clameurs fraternelles qui s'élèvent alors, et qui, mariées à de fervents applaudissements, marqueront la fin de chacune des chansons du groupe, tirées principalement de l'album Mousquetaire #1, et de celui à venir. Autant avec Saragosse que Paris, le leader d'Eiffel, tout en authenticité, déferle sa voix, conteuse, sur le micro, escorté par deux guitares -dont la sienne-, une basse et un clavier, qui crient leur notes délicieusement rock. Humeau se dandine et des sourires de régalade fusent sur son visage. Tous s'abandonnent à la musique qui résonne puissamment dans les enceintes, et vient même, parfois, remplacer les battements de mon coeur. Je n'ai finalement à dire qu'une chose ; rock à point. » Maëlla Fassot

Interview d’Imany (14/01/17) / 13 février 2017

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Morgane Wagener: Imany veut dire la foi en arabe. Qu’est-ce qui t’a inspiré pour choisir ce pseudonyme ? Imany : A vrai dire, pas tellement la signification. C’est un nom dans le film « Un prince à New York » avec Eddie Murphy. À 17 ans, j’ai dû changer de nom parce que j’ai commencé la mode et il y avait d’autres filles qui s’appelaient Nadia, c’est mon vrai nom. On m’a donc demandé de changer de nom et mon film préféré à l’époque, c’était « Un prince à New York », une comédie que j’adore. Le nom de la princesse stupide dans le film s’appelle Imany. En fait, je ne connaissais pas du tout le sens du mot à l’époque. Léa Mas : Moi, je voulais savoir d’où t’est venue l’envie de chanter en anglais ? Imany : Dès le départ en fait ! J’ai toujours aimé chanter en anglais. J’ai toujours aimé la musique anglo-saxonne. Et comme j’étais aux Etats-Unis au moment où je me suis vraiment engagée dans la musique, c’était logique en fait. Je me suis associée à des musiciens locaux sur place, qui étaient donc américains et qui m’ont appris ce qu’était un refrain, un pont, etc. Maéva Cherrière : Donc tu dis que tu as choisi l’anglais par rapport aux musiciens… Imany : Pas que par rapport aux musiciens ! Déjà je voulais parce que j’aimais la musique américaine. En plus j’étais aux Etats-Unis et ensuite les musiciens avec qui je travaillais et avec qui j’ai appris à écrire les chansons, c’était des Américains. C’est un ensemble de choses. Maéva Cherrière : Mais, du coup, pourquoi est-ce que tu as eu envie de revenir en France ? Il y a une raison particulière ? Imany : Oui, il y en a une et une majeure ! Je me disais que je n’y arriverais pas aux Etats-Unis, en tout cas pas à New York où il y a une artiste talentueuse qui naît toutes les deux minutes et que les gens dans le métro ont plus de talent que toi ! Je me disais que ça allait être compliqué. En plus, je trouvais qu’aux Etats-Unis, il y a un truc un peu spécifique. Il faut rentrer dans des cases aux Etats-Unis. De loin, on a l’impression que tous les grands talents viennent de là et c’est vrai mais quand même il faut rentrer dans des cases. Quand vous êtes un type de chanteuses, il faut faire un type de chansons et moi, je ne me sentais pas encore complètement affirmée dans qui j’étais en tant qu’artiste pour pouvoir accepter les cases que l’on m’imposait. Et j’avais l’impression qu’en retournant en France, j’aurais plus l’espace et le temps de trouver qui j’étais. Marie Ranieri : Je voudrais te poser une question sur ton site, qui est tout en anglais. Votre objectif, c’est de privilégier une carrière à l’international ? Imany : Aujourd’hui, elle est déjà internationale. Déjà, sur la première tournée, on a eu pas mal de succès dans les pays étrangers : la Pologne, la Russie, l’Italie. Là, grâce au remix [ndlr, remix de « Don’t be so shy » par Filatov & Karas], il y a encore plus de pays. Marie Ranieri : Le site était dès le départ en anglais ? Imany : Non pas du tout. Ça a dû être changé. Au départ, c’était en français. C’est pour simplifier et ne pas avoir deux sites. Et puis finalement, maintenant même les Français parlent anglais. Léa Mas : Le remix, ça a dû t’apporter un nouveau public ? Imany : Le remix, ça nous a apporté un public plus large. Ça a touché plus de gens. Ça a rajeuni mon public en fait. Coralie Bottin : Tu en es déjà à ton deuxième album. Pourquoi tu as choisi le titre de la chanson « The Wrong Kind of War » pour le titre de l’album ? Imany : « The Wrong Kind of War », c’est une chanson sur l’album qui porte sur un couple qui avait toutes les chances d’y arriver et qui au final sont sur les cendres de leur histoire et ils se disent qu’ils ont tout gâché. Je trouvais que premièrement, le titre sonnait bien. Moi, j’aime beaucoup les titres. Je trouve qu’un beau titre, c’est déjà une belle fenêtre sur une chanson. Ça me donne déjà envie de l’écouter. Et aussi, je trouvais que c’était celui qui pouvait parler de toutes les chansons en ce sens où le seul vrai combat qu’il faut mener, c’est celui avec soi-même. Ça se retrouve dans l’amour, ça se retrouve dans la politique, ça se retrouve dans le social. Si tu te sens bien dans ta peau, t’as pas envie d’aller shooter le mec à côté. Si tu te sens bien dans ta peau en tant que femme, tu ne vas pas être là dans ton couple à dépendre de ce que ton conjoint fera pour toi, pour ton bonheur. Tu n’es pas tributaire de l’autre pour ton bonheur. Je parle de mon expérience personnelle. Dans les couples, on croit que l’autre va être la raison de notre bonheur ou de notre malheur alors que si tu fais le boulot dans ta tête pour être bien, il n’a rien à voir là-dedans. C’est donc la chanson qui je trouvais qui pouvait parler de tous les thèmes de manière directe ou indirecte. Marie Ranieri : Je suis tout à fait d’accord. Je connais des filles qui veulent avoir un enfant parce qu’elles pensent que c’est ce qui va leur apporter le bonheur alors qu’en fait, non, l’équilibre doit venir de soi-même. Imany : Ça doit venir avant ouais ! Moi, je viens d’avoir un enfant et on se rend compte que toutes les névroses, elles ressortent. Marie Ranieri : Elles sont exacerbées. Imany : Elles sont exacerbées oui et l’enfant les porte sur lui. Nous, les femmes, on est programmées à trouver l’amour, à être heureuses en amour, à se marier. C’est ça l’objectif. Si à trente ans, t’es pas mariée, t’as gâché ta vie. Le problème, c’est déjà comment on élève nos enfants, et surtout nos filles. Le bonheur ne dépend jamais de l’autre, jamais ! Léa Mas : J’ai l’impression qu’on est conditionnées avec tous les Disneys. Imany : Ah oui, certainement. C’est horrible. Léa Mas : On devrait nous apprendre à nous aimer nous-mêmes. Imany : Exactement. À nous accepter. Tu regardes La Belle au Bois-Dormant, littéralement, elle dort et c’est un bisou d’un mec qui arrive et hop, ça fleurit partout ! Le problème, il est là. Tu as raison. Moi, j’avais écrit une chanson qui n’est pas sortie : « I Blame It on Hollywood. » J’accuse Hollywood. C’est une chanson un peu ironique. Quand tu regardes toutes les comédies américaines romantiques, c’est horrible. Elle se fait traitée comme de la merde pendant dix ans mais à la fin il a changé d’avis, il est devenu sympa et on devrait toutes êtres heureuses parce qu’ils sont enfin ensemble. Maéva Cherrière : Sinon, est-ce que tu pourrais nous dire quelques mots sur la pochette de l’album ? Imany : Je voulais une photo forte. Un deuxième album, ce n’est pas rien. Souvent les deuxièmes albums, c’est casse-gueule. Le premier, personne ne vous attendait au tournant donc quand ça marche ben, c’est une belle surprise. Mais, après pour le deuxième, tout le monde vous attend. Je n’avais pas tellement envie d’être sur la couverture, alors ça, ça a fait hurler le label parce qu’en termes de marketing c’est dangereux. On ne va pas me reconnaître, et pour les gens qui ne me connaissent pas, c’est encore pire. On a fait une grosse séance de quatre jours. On était à Dakar, au Sénégal. Quand on a vu celle-là, on savait que c’était celle-là. Il y avait quelque chose de fort avec ces gamines derrière les barbelés. Cette petite fille qui est de l’autre côté. Elle a les bras croisés. Elle regarde un peu les gens avec défi. Il y a à la fois le passé, le présent et le futur et en fait ce qui nous a plu, c’est que cette photo a suscité énormément de questions à ceux à qui on l’a montrée. Il y en a que ça déprimait ; il y en a à qui cela donnait de l’espoir. J’avais envie de susciter une conversation. Maéva Cherrière : On se demandait où a été tourné le clip « Silver Lining (Clap Your Hands) » et est-ce que tu pourrais nous dire quelques mots sur le texte introductif qui est très beau ? Imany : « Silver Lining », ça a été tourné à Dakar dans un petit ghetto. On a filmé avec des gens de ce quartier. C’était assez drôle à faire. Pour le texte au départ, j’avais envie d’un truc fédérateur en dehors de « clap your hands ». J’avais envie d’expliquer qu’effectivement on est en collectivité sur cette planète, qu’on est tous les mêmes, qu’il faut dépasser tous ces clivages pour pouvoir aspirer à un monde meilleur. Il faut miser sur l’espoir plutôt que sur la peur. On l’a co-écrit avec Malik N’Diaye et on voulait un truc qui attire l’attention tout de suite. Il y a ces petites filles avec le gant noir des Black Panthers et les Black Panthers, ce n’était pas Black Power mais Power to the People [ndlr, le pouvoir au peuple]. Léa Mas : Tu as composé la bande originale de « Sous les jupes des filles » avec Emilie Gassin et Natalia Doco. Qu’est-ce qui a motivé ta participation à ce projet et est-ce que le cinéma t’intéresse ? Imany : C’est Audrey Dana, la réalisatrice qui est venue me chercher pour faire la bande-originale du film. Au départ, c’était juste pour faire un titre à la fin du film et au final elle m’a carrément proposé la direction de la musique. J’étais tentée de dire non car je sortais d’une première tournée et j’étais crevée et je ne m’en sentais pas capable. Mais j’aimais bien son projet. Elle voulait faire une musique de filles par les filles. J’avais envie de sortir du truc fifilles. Elle voulait un album de chansons avec des chanteuses. Donc, je suis allée chercher des chanteuses. Emilie Gassin, on l’a vue en première partie, on lui a proposé. Pareil pour Natalia Doco. C’était des chanteuses qui n’étaient pas encore connues. On a cherché des voix qui nous intéressaient. Et c’est comme ça que je me suis retrouvée à écrire des chansons pour ces filles qui sont devenues des copines d’ailleurs depuis. Ce sont des super filles avec beaucoup de talent. C’était une grosse grosse aventure qui a pris un an de ma vie mais c’était vraiment chouette ! Léa Mas : Et le cinéma, ça t’intéresse ? Imany : Ça m’a toujours intéressée ! Je prenais des cours de théâtre avec Suzanne Batson à New York, qui est un gros coach. Si j’ai le temps, parce que pour l’instant je n’ai pas le temps… Marie Ranieri : Donc, ce n’est pas une priorité ? Imany : Non, ce n’est pas une priorité. La priorité aujourd’hui, c’est l’album, c’est défendre l’album, voir jusqu’où ça me mène. Marie Ranieri : En France et à l’étranger ? Imany : Oui, c’est ça. En France et à l’étranger et le plus loin possible. Après, j’aimerais bien faire une pause parce que depuis 2010 je ne me suis pas arrêtée. Donc, peut-être que le cinéma rentrera là-dedans ou pas. Marie Ranieri : T’as eu des propositions ? Imany : J’en ai eu quelques-unes mais qui ne m’intéressaient pas. Mon loyer n’en dépend pas donc je préfère faire ce que j’ai envie de faire. Morgane Wagener : Tu es engagée dans plusieurs causes. Pour toi, être engagée, c’est important ? Imany : Ouais je trouve que c’est important. On vit en collectivité sur cette planète et la célébrité, ça ne sert à rien sinon. Ça sert juste peut-être à rentrer au restaurant plus facilement, à rentrer en boîte de nuit plus facilement mais je ne vais pas en boîte de nuit. Moi, ça ne me sert à rien à part à ça. Il y a des causes comme celle de l’endométriose qui n’aurait pas de lumière s’il n’y avait pas une espèce de rayonnement d’une célébrité pour pouvoir avoir l’attention des médias. Donc, on s’en sert. Je pense qu’être une artiste, c’est aussi ça. Que ton boulot c’est chanteur, acteur ou peintre, ton boulot, c’est de refléter le temps dans lequel tu vis. C’est pas moi qui dis ça, c’est Nina Simone et je suis d’accord avec elle. Sinon, on est juste là pour divertir les gens. On peut aller plus loin et toucher le cœur des gens et leur cerveau. Coralie Bottin : A titre personnel, je ne connaissais pas l’endométriose. C’est en lisant une de tes interviews que j’ai découvert ça. Imany : C’est une vraie maladie justement pour les filles de votre âge. Moi, j’ai été diagnostiquée quand j’avais vingt-trois ans. On a fait une première campagne sur l’endométriose et ça n’avait jamais été fait et c’est une maladie qui a été découverte en 1850 ! C’est quand même incroyable. Il y a plein de gamines que les infirmières regardent de haut en leur disant, « c’est normal si t’as mal. Tu ne peux pas aller à la piscine, c’est un prétexte. » Je sais ce que c’est. J’avais dix-sept ans, j’étais pliée en quatre. J’avais droit au mépris des mêmes gens. J’ai été diagnostiquée à vingt-trois ans. Plus tôt tu le sais, mieux c’est. Et l’association pour laquelle je suis marraine, Endomind, c’est une super association. Leur action, c’est de faire connaître la maladie mais pas seulement. Je te donne un exemple. Il y a une jeune fille de dix-sept ans qui allait passer le bac cette année et qui s’est fait virer en novembre parce qu’ils en avaient marre de son absentéisme alors qu’elle a un mot du docteur qui dit qu’elle a une endométriose extrêmement violente et qu’une semaine par mois, elle ne peut pas aller à l’école. Cette association a pris les choses en main si bien qu’elle est revenue à l’école. L’association a redonné une dignité à cette gamine. Si vous pouvez vous engager pour des causes, c’est bien de le faire parce que déjà, c’est bien pour vous. Propos recueillis par Morgane Wagener, Léa Mas, Maéva Cherrière, Coralie Bottin et Marie Ranieri.

LIVE REPORT DE CLAUDIO CAPÉO + NATIS / 26 janvier 2017

19:45 Dès l’ouverture des portes, la salle est remplie avec un public impatient !     20:00 En première partie du concert ce soir, Natis, seul avec sa guitare, est déterminé à chauffer la salle pour Claudio Capéo ! Natis vient ce soir nous présenter son premier gros projet « Dans ma tête ». Un mélange de Trénet, Tété, et un timbre très reconnaissable, il est très bien accueilli par le public dès son premier titre « Dans ma tête », très entrainant. Il interagit beaucoup avec le public, raconte son histoire et n’hésite pas à faire participer le public  qui devient ses choristes ! Il enchaîne plusieurs titres : Là où je vais, Le débit, J’aime pas être seul, qu’il interprète pleinement à chaque fois, pour finir avec son dernier titre de la soirée « L’alchimiste ». Natis finit son show et laisse un public très chaud qui est maintenant impatient d’entendre Claudio !     20:45 C’est l’entrée des musiciens avec le guitariste (Gilles), le bassiste (Jonathan), le batteur (Xavier) et Julien au clavier ainsi qu’au saxophone, accompagnés du chanteur qui commence directement par un titre interprété en Italien qui captive le public. C’est leur deuxième concert de l’année et la salle, remplie, n’a pas perdu son énergie ! Après avoir interpréter Belle France, l’artiste prend son fameux accordéon pour nous chanter Je vous embrasse fort. Claudio parle beaucoup avec son public pour expliquer l’histoire de leur groupe (ses musiciens et amis qui l’accompagnent depuis plus de 10ans, l’expérience The Voice), l’origine d’une chanson, une anecdote comme avec Sexy Tropical,… Il est très à l’aise et rigole autant avec ses musiciens qu’avec le public. Le groupe dégage une énergie incroyable qui ne lasse pas le public, et engendre une ambiance électrique avec notamment Enfants sauvages. Le chanteur privilégie néanmoins un moment avec son guitariste, dans un moment plus apaisé, pour nous jouer Mon pays puis Chez Laurette. Mais la salle retrouve rapidement son dynamisme lorsque les 3 autres musiciens reviennent pour jouer tous ensemble les morceaux phares de l’album : Un homme debout et Ça va ça va, tant attendus par le public. Après avoir quitté la scène, Claudio fera deux rappels avec Sexy tropical, repris par le public toujours pleins d’énergie même après presque 2h de concert, puis Riche et Dis-le moi pour finir ce concert en beauté. La salle se remet doucement de ses émotions après 2h de folie, et toute cette énergie dégagée ! Plusieurs courageux restent encore pour un moment privilégié avec les artistes, qui ne reçoivent que des encouragements.   Rédigé par Coralie B.
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